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Valorisation de la pêche au Bénin : Ce que l’on sait des premiers acquis discrets mais réels du PROMAC

Économie bleue, La Marina BJ — Si les grands chantiers d’infrastructures halieutiques accusent un glissement de calendrier, le Projet de Promotion de l’Aquaculture et de Compétitivité des Chaînes de Valeur de la Pêche (PROMAC) poursuit ses activités de terrain. C’est ce qui ressort du dernier rapport sur l’état d’exécution et sur les résultats (EER) du projet, consulté par La Marina BJ. Loin du bruit des engins de BTP, le programme financé par le Fonds africain de développement (guichet concessionnel du groupe de la BAD) et l’État béninois déroule une série d’initiatives : sélection d’infrastructures de production privée, renforcement de capacités et préparation des équipements. État des lieux d’un processus qui cherche encore son rythme de croisière.

Lancé pour restructurer durablement l’économie bleue béninoise, le PROMAC affiche, après 24 mois d’exécution, un taux d’exécution physique cumulé de 16,54 % et un niveau de décaissement de 8,98 %. Le rapport, fondé sur une mission de supervision à distance effectuée du 24 au 26 juin 2026, met en lumière quelques avancées tangibles obtenues sur le terrain. Toutefois, le rythme de consommation des crédits, environ 0,5 point de décaissement par mois, reste nettement inférieur aux près de 3 points mensuels théoriquement nécessaires pour solder le budget d’ici l’échéance de décembre 2028. Entre ajustements réglementaires et appui aux acteurs de la filière, le projet tente d’asseoir son ancrage.

Le maillon privé de la production verrouillé

L’un des acquis majeurs soulignés réside dans le soutien ciblé aux maillons stratégiques de la chaîne de valeur aquacole. À la suite d’appels à projets nationaux et d’un processus de vérification technique sur le terrain, cinq écloseries de reproduction d’alevins et cinq fabriques privées d’aliments granulés pour poissons ont été sélectionnées pour bénéficier de subventions de mise à niveau. Dans la même dynamique, trois centres d’incubation ont été retenus pour accueillir et structurer l’immersion des jeunes entrepreneurs aquacoles. En sécurisant ces maillons amont, le PROMAC prépare l’approvisionnement en intrants de qualité indispensable au fonctionnement des futurs villages aquacoles.

Sur le plan du renforcement des compétences, les données déclaratives de la supervision font état de 924 acteurs de la filière (dont 352 femmes, soit 38 %) formés aux techniques de production dans le cadre d’une convention avec la Direction des Pêches Halieutiques (DPH). Le volet transformation enregistre quant à lui 150 transformatrices formées aux normes de fumage. En parallèle, le rapport confirme la finalisation du Mécanisme de Gestion des Plaintes (MGP) et la signature d’une convention avec la Direction de la Statistique Agricole (DSA), qui s’appuie sur un partenariat technique avec la FAO, pour moderniser le système national de collecte des données halieutiques.

Sur le volet logistique et matériel, le bilan s’avère plus nuancé. Si les lots de glacières ont été réceptionnés (bien que la sélection finale des bénéficiaires soit toujours en cours et l’indicateur d’attribution affiché à zéro), la livraison des kits de mesure des paramètres de l’eau reste en attente. De leur côté, les équipements lourds de laboratoire et de certification (HPLC, spectrométrie) subissent des reprises de procédures ou restent en attente d’autorisations de l’ARMP après des appels d’offres infructueux.

Freins, goulots d’étranglement et arbitrages critiques

Ces blocages à répétition expliquent pourquoi l’état d’avancement physique global demeure qualifié d’« insatisfaisant à ce jour » par les superviseurs. La lenteur des procédures nationales de passation de marchés publics et les retards dans la publication du Plan de Passation des Marchés (PPM) du ministère de tutelle continuent de peser lourdement. Plusieurs procédures clés ont d’ailleurs échoué, notamment les premiers lancements pour l’acquisition des alevins, le lot 1 d’équipements de la brigade de surveillance des plans d’eau ou le laboratoire d’analyse des aliments. D’autres dossiers ont dû être réajustés, à l’image des matériels informatiques réorientés vers une nouvelle procédure contractualisée avec la société ADN-France. Enfin, la BAD a émis un avis de non-objection négatif sur le recrutement de coachs pour les villages aquacoles, contraignant le projet à retirer cette prestation du PPM.

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À ces écueils administratifs s’ajoute le glissement chronologique du volet génie civil. Alors que le calendrier initial de 2024 prévoyait la livraison des marchés à poissons en mars 2026 et l’achèvement des ports artisanaux en mai 2027 (Lire LMBJ du 2/09/2024), les travaux en sont toujours au stade des études. Bloqués par les mêmes lourdeurs d’études APS/APD qui s’étirent depuis mars 2025, le rapport fixe pour objectif un lancement des travaux au plus tard au premier trimestre 2027, sous réserve de la validation des dossiers APD par le Conseil des ministres.

En définitive, si l’absence de chantiers physiques visibles sur le terrain nourrit une impression d’inertie, le PROMAC tente de maintenir un cap fonctionnel à travers ses appuis institutionnels et ses subventions ciblées. Toutefois, face à un avancement physique jugé insatisfaisant et des goulots d’études qui persistent depuis plus d’un an, l’idée d’une simple phase de rodage montre ses limites. Tout l’enjeu des prochains mois résidera dans la capacité de l’Unité de Gestion à débloquer les arbitrages ministériels et à accélérer drastiquement son rythme d’exécution pour éviter un risque de ne pas consommer l’enveloppe à l’approche du terme de 2028.

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