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Décentralisation au Bénin : ce que révèlent près de dix ans d’arbitrages budgétaires

Finances locales, La Marina BJ – Entre l’euphorie des réformes de structure et la réalité brutale des contraintes financières, la trajectoire des budgets locaux béninois de 2017 à 2025 dessine le portrait d’un modèle en pleine mutation. Alors que les ressources transférées aux communes accusent un repli marquant de 26 % pour l’exercice 2025, une analyse approfondie des données de la Direction Générale du Budget met en relief la dépendance des collectivités territoriales à l’effort budgétaire de l’État, désormais seul financeur du dispositif après le retrait des partenaires financiers.

Au Bénin, la décentralisation n’est pas seulement une affaire d’architecture politique ou d’organisation administrative ; c’est d’abord une équation financière complexe. Les récentes données publiées par le Ministère de l’Économie et des Finances (DGB/MEF) dans sa note analytique des finances locales, analysées par le cabinet WE Connector pour La Marina BJ, offrent un recul de neuf années sur les flux financiers injectés au cœur des territoires. De l’avènement de la crise sanitaire de 2020 au grand tournant statutaire de 2022, la lecture croisée des transferts aux communes et des crédits alloués aux services déconcentrés de l’État révèle une histoire marquée par des pics de soutien massif, mais aussi par un défi imminent d’autonomie budgétaire.

Du pic de 2022 au coup de frein de 2025

Selon la note d’analyse du cabinet WE Connector, l’examen des transferts financiers globaux vers les communes montre une courbe oscillante, avec des creux en 2020 et en 2023, mais ascendante jusqu’en 2022. Partis de 31,688 milliards de FCFA en 2017, les flux financiers territoriaux ont atteint un sommet de la période à 55,5271 milliards de FCFA en 2022. Cette année record traduisait l’impact financier de la vaste réforme structurelle du secteur de la décentralisation, marquée notamment par l’acquisition de véhicules pour les autorités communales et la prise en charge de la rémunération des nouveaux cadres administratifs et techniques des mairies.

Cependant, la dynamique s’inverse pour l’exercice 2025. Les transferts financiers aux collectivités s’établissent à 39,3491 milliards de FCFA, marquant une nette baisse de 26,3 % par rapport aux 53,3803 milliards de 2024. Le document officiel l’impute principalement à l’absence de concours des Partenaires Techniques et Financiers (PTF), dont les conventions signées étaient arrivées à terme en 2023.

Les courbes invitent toutefois à une lecture plus fine. Les concours des PTF, déjà ramenés à 1,2547 milliard de FCFA en 2024 après un pic de 20,099 milliards en 2019, ne représentent qu’une faible part du recul de 2025, soit environ 1,25 milliard sur 14,03 milliards. L’essentiel de la baisse vient de la contribution de l’État, passée de 52,1256 milliards de FCFA en 2024 à 39,3491 milliards en 2025, soit près de 12,8 milliards de moins, selon nos calculs à partir des données de la DGB/MEF. Si 2025 est la première année sans concours extérieurs, elle est surtout celle où les communes dépendent entièrement de l’arbitrage budgétaire national.

L’autre coût absorbé par l’État central

Face aux fluctuations du soutien extérieur, le pouvoir central a progressivement pris le relais. Lors de la crise de la COVID-19 en 2020, le gouvernement avait déjà dû négocier des ressources additionnelles auprès de la Banque Allemande de Développement pour compenser, en partie, les besoins du secteur face à la pandémie.

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Plus récemment, il s’est retrouvé en première ligne pour pérenniser le financement de l’administration locale. En 2024, la reprise des transferts, de 43,9 à 53,4 milliards de FCFA, traduisait directement la prise en charge par l’État de la rémunération des nouveaux secrétaires d’arrondissement tirés au sort et installés sur le territoire. Ces arbitrages budgétaires font peser sur le budget national une charge de fonctionnement qui, si elle devait durer, pourrait réduire la marge consacrée à l’investissement.

Parallèlement au financement des communes, la trajectoire des crédits délégués aux services déconcentrés et aux préfectures présente une dynamique distincte. Les dépenses exécutées par ces services sont passées de 9,346 milliards de FCFA en 2017 à un pic de 23,2155 milliards en 2022, portées par des négociations favorables avec certains ministères, dans le cadre de la réalisation des indicateurs de décaissement de l’Union Européenne pour le financement du Programme d’Appui au Développement du Territoire (PADT).

Elles sont retombées à 15,3137 milliards en 2023, avec l’arrivée à terme du PADT et le basculement de la gestion en mode programme dans le Système Intégré de Gestion des Finances Publiques (SIGFP), qui impose une nouvelle procédure de préparation du budget et d’exécution des dépenses. Une reprise s’est ensuite dessinée en 2024 (15,8667 milliards), puis en 2025, avec 17,1175 milliards de FCFA exécutés pour des prévisions de 15,9664 milliards, soit un taux d’exécution de 107,2 %.

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