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Microfinance au Bénin : les dépôts chutent de 7,7% au quatrième trimestre 2025

Finances, La Marina BJÀ contre-courant de la dynamique régionale, les institutions de microfinance (IMF) béninoises ont enregistré une contraction significative de leur collecte d’épargne en fin d’année 2025. Paradoxalement, leurs encours de crédits progressent fortement. Une situation de « ciseau » qui révèle les fragilités structurelles d’un secteur en pleine tempête réglementaire et technologique.

Le dernier rapport trimestriel de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) livre des chiffres sans équivoque pour le Bénin. À fin décembre 2025, les IMF béninoises ont enregistré une baisse de leurs dépôts collectés de 15,9 milliards de FCFA (soit -7,7%) par rapport au trimestre précédent. Il s’agit de la plus forte contraction relative observée dans l’ensemble de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) sur la période.

Le crédit s’emballe, l’épargne recule

Pendant que la dynamique de collecte d’épargne s’est globalement maintenue dans l’Union, la hausse trimestrielle des dépôts a été observée en Côte d’Ivoire avec une progression de 41,7 milliards de FCFA soit 6,1%, au Burkina Faso qui affiche une hausse de 23,3 milliards de FCFA soit 4,3% et au Sénégal qui progresse de 10,8 milliards de FCFA soit 1,7%. Le Bénin fait ainsi figure d’exception parmi les économies significatives de l’espace UEMOA. Ce recul n’est pas un accident de parcours saisonnier puisque le pays affichait déjà une baisse de 2,5 milliards de FCFA au troisième trimestre 2025, ce qui représente deux trimestres consécutifs de décollecte et signale une tendance de fond préoccupante. Ce qui interpelle, c’est le contraste saisissant entre la fuite de l’épargne et l’explosion des prêts. L’encours des crédits au Bénin a connu une accélération remarquable ce trimestre avec une progression de 21,9 milliards de FCFA, soit une hausse de 8,9% qui s’impose comme l’une des plus fortes croissances de l’Union.

Les indicateurs de supervision de la BCEAO confirment cette zone de turbulences. À fin décembre 2025, deux IMF béninoises demeurent placées sous administration provisoire sur les huit recensées dans toute l’UMOA. Le Bénin concentre ainsi 25% des structures sous tutelle de la Banque Centrale, alors que son économie ne représente qu’un huitième des pays membres de l’Union. Ce ratio de surreprésentation illustre les fragilités institutionnelles persistantes du secteur national, malgré les efforts d’assainissement engagés par l’Agence Nationale de Surveillance des Systèmes Financiers Décentralisés au sein d’un marché qui a pourtant connu une croissance quantitative spectaculaire avec un encours de crédit passé de 36,7 à 204,8 milliards de FCFA en dix ans.

Cette situation qui soulève des interrogations sur la liquidité des IMF intervient au pire moment pour les acteurs du secteur. En vertu de la loi n°2025-14 promulguée le 2 juillet 2025, les IMF doivent se mettre en conformité avant l’échéance de juillet 2026 avec un cadre juridique profondément renforcé qui inclut des exigences accrues en matière de gouvernance, des seuils de capitalisation rehaussés et des obligations de reporting durcies. Or, le diagnostic de conformité mené par l’ANSSFD se révèle alarmant car une proportion significative d’institutions ignore encore le contenu exact de la loi, et seulement 41% d’entre elles ont formellement anticipé une trajectoire de transformation institutionnelle.

La double pression technologique

Pour ne rien arranger, les IMF subissent la concurrence frontale du secteur des télécoms. Le Bénin compte aujourd’hui plus de onze millions de comptes de monnaie électronique, contre près de cinq millions de comptes de microfinance selon les dernières données disponibles, poussant l’épargne populaire à migrer vers des portefeuilles mobiles jugés plus fluides, plus liquides et moins contraignants. À cette pression concurrentielle s’ajoute un agenda technologique distinct imposé par la Banque Centrale : le déploiement de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané, lancée en septembre 2025, oblige toutes les institutions à finaliser leur connexion technique au plus tard le 30 juin 2026, soit un mois avant l’échéance légale de mise en conformité institutionnelle de juillet 2026. Deux couperet distincts, deux chantiers simultanés.

Si à l’échelle de l’UMOA la qualité globale des portefeuilles s’améliore avec un taux brut de dégradation tombé de 10,3% à 7,5%, le Bénin fait face à une équation complexe unique dans la région. Le secteur national doit résoudre simultanément une décollecte structurelle de l’épargne, une expansion agressive du crédit et un double couperet réglementaire et technologique aux échéances de juin et juillet 2026. La gestion du risque de crédit demeure le défi majeur et sa résolution dictera la survie ou la recomposition forcée du paysage de la finance décentralisée béninoise.

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