Numérique & Investissement, La Marina BJ — À l’occasion du West Africa Peering Forum (WAPF 2026) tenu les 17 et 18 juin derniers à Cotonou, l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations (APIEx) a clairement positionné l’infrastructure numérique comme le nouveau pivot de la compétitivité béninoise. En savoir plus sur une stratégie qui fait de la data locale un argument de poids pour les investisseurs.
Dans la course à l’attractivité des investissements directs étrangers en Afrique de l’Ouest, les critères traditionnels ne suffisent plus. Si la stabilité politique, une fiscalité incitative, des infrastructures logistiques solides ou la disponibilité énergétique demeurent les fondamentaux, la connectivité numérique s’impose désormais comme une variable maîtresse dans les décisions de localisation des capitaux. C’est le message fort porté par Éric Akouté, Directeur Général de l’APIEx Bénin, lors du panel de haut niveau organisé le jeudi 18 juin dans le cadre du WAPF 2026.
Organisé annuellement par l’Internet Society, le WAPF rassemble le gotha de l’écosystème d’interconnexion ouest-africain, notamment les fournisseurs d’accès à Internet, les opérateurs de réseaux de distribution de contenu, les exploitants de points d’échange, ainsi que les régulateurs et analystes de politiques publiques. Le panel auquel a pris part le patron de l’APIEx, aux côtés d’opérateurs télécoms locaux, de la Société Financière Internationale et d’acteurs privés sous-régionaux, affichait une ambition claire, celle d’analyser le peering Internet comme levier de croissance économique et de compétitivité nationale au Bénin.
L’argument technique
Pour saisir l’enjeu, il faut revenir au cœur du sujet. Le peering, ou appairage, désigne l’accord par lequel deux réseaux Internet conviennent d’échanger directement leur trafic, sans passer par des intermédiaires de transit international. Historiquement, une part importante du trafic Internet africain a toujours transité par des infrastructures situées en Europe ou aux États-Unis avant de revenir sur le continent, même lorsqu’il s’agit d’échanges purement locaux. Ce détour invisible entraîne une latence élevée et des coûts exorbitants pour les opérateurs locaux. En structurant des points d’échange Internet performants, les pays de la sous-région corrigent cette dépendance structurelle et réduisent mécaniquement le coût de la bande passante pour les entreprises implantées sur leur territoire, favorisant ainsi une véritable souveraineté numérique ouest-africaine.
C’est précisément cette équation que l’APIEx a présentée devant un parterre d’investisseurs et de techniciens. Moins le transit IP coûte cher aux entreprises opérant depuis Cotonou, plus le Bénin gagne en compétitivité face à ses voisins côtiers. Éric Akouté a défendu l’idée qu’au même titre que l’énergie, la logistique ou la stabilité du climat des affaires, la rapidité, la fiabilité et le coût de l’accès à Internet influencent directement le choix des investisseurs. Dans une économie globale hyper-digitalisée, une infrastructure numérique défaillante ou prohibitive équivaut, pour une entreprise moderne, à un port bloqué ou à une coupure d’électricité majeure. La cible visée par l’agence est précise et s’oriente vers les investissements à forte valeur ajoutée comme les Fintech, les plateformes logistiques interconnectées, les banques régionales et les data centers, pour lesquels la performance réseau est aussi déterminante qu’un taux d’imposition.
Une stratégie d’infrastructure payante et durable
La présence offensive de l’APIEx au WAPF 2026 n’est pas un acte isolé, mais s’inscrit dans un ensemble de signaux cohérents envoyés par le gouvernement béninois depuis plusieurs années. Sur le plan de la reconnaissance internationale, le chapitre béninois de l’Internet Society a été retenu parmi les lauréats du Programme de Subvention pour les Infrastructures de Peering Durables, un levier clé pour renforcer l’écosystème local de peering et étendre son impact à la région. En parallèle, l’IXP national, baptisé BeninIX, a bénéficié d’un appui technique rigoureux de l’Internet Society et de l’ICANN pour optimiser ses infrastructures et garantir sa viabilité à long terme.
Cette dynamique est soutenue au niveau macroéconomique par le gouvernement béninois, qui a engagé un projet massif de généralisation du haut et très haut débit estimé à environ 207 milliards de francs CFA pour transformer le pays en hub de services numériques de premier plan. Ces efforts s’alignent parfaitement avec la Déclaration de Cotonou, adoptée fin 2025 lors du Sommet régional sur la transformation numérique, qui actait l’engagement des États d’Afrique de l’Ouest et du Centre à interconnecter leurs dorsales nationales.
Le numérique, nouveau pilier du marketing territorial
Ce que révèle ce WAPF 2026, c’est la maturation d’une véritable doctrine béninoise de l’attractivité. En portant le sujet technique du peering dans l’arène de la promotion économique, l’APIEx opère un glissement conceptuel majeur. La performance numérique intègre officiellement les argumentaires de vente du pays, au même titre que la Zone Économique Spéciale de Glo-Djigbé, le code des investissements ou les réformes portuaires.
La bataille régionale est cependant rude puisque la Côte d’Ivoire voisine pousse également ses pions à travers ses Peering Days, affichant ouvertement l’ambition de faire d’Abidjan le hub d’interconnexion de référence en Afrique de l’Ouest. Pour Éric Akouté et l’APIEx, le message adressé aux marchés est désormais lisible. Au Bénin, la performance numérique n’est plus un confort d’usage, c’est un actif stratégique garanti par l’État. Reste à traduire cette ambition en indicateurs fixes comme le coût du mégabit, le taux de trafic localisé ou la réduction de la latence, pour que la promesse numérique devienne, pour les investisseurs, un critère aussi palpable et mesurable qu’un délai de dédouanement.
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