Finance, La Marina BJ – Adoptée à l’unanimité le 19 juin par l’Assemblée nationale, la loi de finances rectificative 2026 relève de 5 000 à 20 000 FCFA la taxe de circulation imposée aux poids lourds étrangers et porte sa validité de 72 heures à 30 jours. Une réforme présentée comme un alignement sur les standards de la sous-région, dans un contexte où le corridor de Cotonou reste un point de passage stratégique pour les flux commerciaux du Burkina Faso et du Niger.
C’est une ligne discrète de l’exposé des motifs du décret portant transmission de la loi de finances rectificative (PLFR) pour la gestion 2026, votée à l’unanimité par les députés le vendredi 19 juin. Elle ne figure pas parmi les mesures phares mises en avant par l’exécutif, gratuité scolaire, assurance maladie obligatoire, soutien aux filières agricoles, mais elle concerne directement des milliers de transporteurs étrangers qui empruntent chaque mois les routes béninoises : la taxe de circulation sur véhicule, applicable aux poids lourds immatriculés hors du Bénin, voit son montant quadrupler.
Instituée par la loi de finances n° 59-34 du 28 décembre 1959, cette taxe a connu deux révisions majeures, par la loi n° 61-11 du 7 avril 1961 puis par la loi n° 97-043 du 6 janvier 1998. Elle ne s’applique pas à l’ensemble du parc automobile, mais cible spécifiquement les véhicules « poids lourd » ou « gros porteur » à immatriculation étrangère circulant sur le territoire béninois, une fiscalité de transit, distincte de la Taxe sur les Véhicules à Moteur (TVM) que paient les propriétaires de véhicules immatriculés au Bénin.
Jusqu’ici, le dispositif reposait sur un montant fixe de 5 000 FCFA par véhicule, perçu aux frontières terrestres, auquel s’ajoute un timbre douanier au taux de 4 %. Sa durée de validité, théoriquement fixée à 72 heures, avait déjà été portée à quatorze jours par une note de service de la Direction Générale des Douanes (n° 047/DGD/DGA/DBP/SA du 4 avril 2025), un ajustement administratif resté toutefois en deçà des standards appliqués ailleurs dans la sous-région.
Le constat
C’est précisément ce décalage régional que le gouvernement entend corriger. Le rapport budgétaire qui accompagnait le PLFR 2026 pointe un délai de validité jugé trop court au regard des pratiques des pays voisins, créant des contraintes répétées pour les transporteurs étrangers qui transitent par le Bénin, au premier rang desquels les opérateurs burkinabè.
Le port de Cotonou et le corridor béninois constituent l’un des principaux débouchés maritimes pour les pays enclavés de l’hinterland ouest-africain, Burkina Faso, Niger, Mali, dont l’économie reste structurellement dépendante de ces axes de desserte terrestre vers les ports côtiers. Selon les données citées dans le rapport budgétaire, ce sont entre 2 000 et 2 500 camions par campagne qui assurent depuis le Burkina Faso le seul ramassage des graines de coton, auxquels s’ajoutent des milliers d’autres poids lourds, notamment les camions-citernes chargeant les produits pétroliers au port de Cotonou.
Pour ces flottes, devoir renouveler une autorisation tous les 14 jours, voire toutes les 72 heures en théorie, représente une contrainte administrative répétée, dans un contexte où le Bénin est déjà en concurrence avec d’autres corridors régionaux notamment Lomé, pour capter le trafic de transit vers l’hinterland.
Le nouveau dispositif
Le texte adopté propose un compromis classique en fiscalité douanière régionale : relever le tarif unitaire en échange d’un allongement substantiel de la durée de validité. Concrètement, la taxe de circulation passe de 5 000 à 20 000 FCFA par véhicule, tandis que sa validité est étendue de 72 heures à 30 jours.
Ce nouveau délai n’a pas été choisi au hasard : il correspond à celui du laissez-passer délivré aux véhicules de tourisme en transit international (TIT), document que reçoivent notamment les voyageurs étrangers entrant au Bénin avec leur propre véhicule, en échange de la carte grise, de l’attestation d’assurance et du permis de conduire. En alignant les deux délais, l’exécutif entend simplifier le travail des agents aux postes frontaliers, appelés à appliquer une règle unique de validité pour l’ensemble des véhicules étrangers en transit, qu’ils soient à usage commercial ou touristique.
Cette réforme répond à une double logique. D’un côté, elle vise à fluidifier les contrôles aux frontières terrestres en réduisant la fréquence des passages administratifs obligatoires pour les transporteurs étrangers, un enjeu de compétitivité pour le corridor béninois face aux ports voisins. De l’autre, elle permet à l’État de capter davantage de recettes par véhicule, dans un contexte où le volume de poids lourds étrangers en transit reste structurellement élevé, porté notamment par les exportations de coton burkinabè et les importations pétrolières destinées à l’hinterland.
Elle s’inscrit plus largement dans la philosophie de la loi de finances rectificative 2026, qui vise selon la Commission des finances de l’Assemblée nationale à moderniser l’administration fiscale et à élargir l’assiette des recettes intérieures, dans un budget national porté à 4 148 milliards de FCFA, en hausse de près de 10 % par rapport à la loi de finances initiale. Reste à voir, dans les mois qui suivront l’entrée en vigueur du texte, si l’allongement du délai de validité suffira à compenser, aux yeux des transporteurs étrangers, la hausse du montant à acquitter et si le Bénin parvient effectivement à se rapprocher des standards appliqués par ses voisins immédiats sur ce segment spécifique de la fiscalité de transit.
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