Égypte, La Marina BJ — En l’espace de quelques jours, l’International Finance Corporation (IFC) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ont pris part à deux opérations distinctes en Égypte, mobilisant au total 465 millions de dollars. Entre l’ouverture du capital de Banque du Caire et le financement syndiqué d’ADD Properties, ces engagements illustrent le rôle croissant des institutions financières internationales dans la mobilisation de capitaux privés, la gouvernance des entreprises et le développement de secteurs clés de l’économie égyptienne.
L’IFC et la BERD renforcent leur présence dans l’économie égyptienne à travers deux opérations de nature différente, annoncées à quelques jours d’intervalle. Le 2 novembre 2026, les deux institutions ont confirmé leur participation à l’introduction en Bourse de Banque du Caire, avec un investissement de 100 millions de dollars chacune. Trois jours plus tôt, la BERD avait dévoilé la structuration d’un financement syndiqué de 265 millions de dollars en faveur d’ADD Properties, acteur du secteur immobilier et hôtelier. Si ces deux opérations ne relèvent pas d’un même montage financier, elles traduisent une orientation commune : accompagner les entreprises égyptiennes dans leur accès aux capitaux, tout en associant les financements à des exigences de gouvernance et de performance.
200 millions de dollars pour accompagner l’ouverture du capital
L’opération la plus directement liée à la politique de désengagement partiel de l’État égyptien concerne Banque du Caire. Le 2 novembre, la BERD a annoncé avoir investi 100 millions de dollars dans l’introduction en Bourse de l’établissement, obtenant une participation de 6,9 % dans son capital. L’IFC a engagé un montant équivalent, portant à 200 millions de dollars la contribution cumulée des deux institutions à cette opération.
L’offre porte sur 45 % des actions ordinaires de la banque, désormais cotées à l’Egyptian Exchange (EGX). Selon nos informations, Banque Misr, jusque-là actionnaire de référence de Banque du Caire et elle-même détenue intégralement par l’État égyptien, doit conserver environ 55 % du capital après l’opération. L’introduction en Bourse ne constitue donc pas une privatisation intégrale de l’établissement, mais une ouverture de son actionnariat à des investisseurs privés et institutionnels, avec maintien d’une participation publique majoritaire.
Cette opération prend place dans un processus engagé depuis plusieurs années par les autorités égyptiennes pour réduire progressivement la présence de l’État dans certaines activités économiques et élargir la place du secteur privé. La politique de propriété de l’État, adoptée en décembre 2022, a notamment fixé les orientations de cette réorganisation. Le gouvernement avait ensuite annoncé, en février 2023, son intention de céder des participations dans 32 entreprises publiques, par introduction en Bourse ou par vente à des investisseurs stratégiques.
Pour Banque du Caire, l’ouverture du capital intervient après plusieurs tentatives reportées. Une première opération de cession avait été envisagée en 2008, avant d’être abandonnée dans un contexte de crise financière et de désaccord sur la valorisation de la banque. D’autres projets d’introduction en Bourse, notamment en 2017 puis en 2020, n’avaient pas abouti. La concrétisation de l’opération en 2026 marque ainsi une nouvelle séquence dans la stratégie de cession de participations publiques. Au-delà de la mobilisation de capitaux, l’IFC et la BERD entendent peser sur les pratiques de gestion de l’établissement. La BERD prévoit un accompagnement portant notamment sur la gouvernance d’entreprise, la digitalisation, la cybersécurité et les normes environnementales et sociales applicables aux sociétés cotées. L’IFC, pour sa part, entend siéger en qualité d’actionnaire minoritaire actif, avec une représentation au conseil d’administration et un rôle dans l’amélioration de la gouvernance.
Les ressources mobilisées doivent également contribuer à renforcer les capacités de financement des microentreprises et des petites et moyennes entreprises (MPME). Une fiche de l’IFC consultée par La Marina BJ présente cet objectif comme l’un des principaux résultats attendus de sa participation. L’institution prévoit par ailleurs d’accompagner l’extension du système de gestion des risques environnementaux et sociaux de la banque à l’ensemble de son portefeuille et de ses filiales.
Un financement syndiqué de 265 millions de dollars
La seconde opération repose sur un mécanisme différent. Le 30 octobre 2026, la BERD a annoncé avoir structuré un financement syndiqué de 265 millions de dollars au profit d’ADD Properties, membre du groupe Sami Saad Holding. Contrairement à l’opération Banque du Caire, il ne s’agit pas d’une prise de participation, mais d’un financement par dette mobilisant plusieurs établissements financiers.
Selon nos informations, la BERD apporte 127,5 millions de dollars et assume les fonctions d’arrangeur principal initial et de teneur de livre. L’IFC participe à hauteur de 60 millions de dollars en qualité d’arrangeur mandaté, dans le cadre du Mutual Reliance Framework, mécanisme de coopération entre les deux institutions. Emirates NBD Egypt contribue pour 40 millions de dollars, tandis que la National Bank of Egypt apporte 37,5 millions de dollars. DenizBank AG, filiale d’Emirates NBD, assure notamment des fonctions d’agent des sûretés et de banque de comptes à l’étranger. EFG Hermes agit comme conseiller financier exclusif et teneur de livre.
Le financement vise à renforcer la structure de capital d’ADD Properties et à accompagner le développement ainsi que la modernisation de son portefeuille hôtelier. Il doit notamment soutenir les dépenses d’investissement de l’entreprise, dans un contexte de développement de ses actifs touristiques. L’un des éléments les plus visibles de cette stratégie est la construction d’un nouvel établissement Grand Hyatt à l’ouest du Caire, à proximité du Grand Musée égyptien et du plateau des pyramides de Gizeh.
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Le financement ne se limite toutefois pas à cet hôtel. Il prend place dans un programme plus large portant sur le portefeuille immobilier et hôtelier du groupe, comprenant notamment des travaux de rénovation, des investissements sur des actifs existants et des opérations destinées à consolider la structure financière de certaines filiales. Le nouvel établissement Grand Hyatt doit compter 419 chambres et renforcer l’offre hôtelière haut de gamme dans une zone appelée à bénéficier du développement touristique autour du Grand Musée égyptien.
La BERD accompagne également son financement d’un volet d’assistance technique. Celui-ci prévoit notamment des formations professionnelles adaptées au marché pour de jeunes femmes et hommes au Caire et à Hurghada, ainsi qu’un appui en matière de gouvernance et de transition environnementale. L’institution entend soutenir l’amélioration de la performance énergétique du nouvel hôtel et la certification LEED Silver d’actifs existants du portefeuille.
Une même logique de mobilisation des capitaux
Les deux opérations totalisent 465 millions de dollars, mais leur rapprochement ne doit pas masquer leur différence de nature. Dans le premier cas, les deux institutions prennent des participations dans une banque issue du secteur public, dans le cadre d’une ouverture de capital. Dans le second, elles contribuent à un financement par dette destiné à soutenir la stratégie d’investissement d’un opérateur privé de l’hôtellerie.
Leur rapprochement met néanmoins en évidence plusieurs priorités communes. L’IFC et la BERD ne se limitent pas à apporter des ressources financières : elles cherchent aussi à renforcer les pratiques de gouvernance, à améliorer les normes environnementales et sociales et à accompagner la transformation des entreprises bénéficiaires. Leur présence aux côtés d’autres investisseurs et banques doit également faciliter la mobilisation de financements complémentaires.
Pour l’Égypte, ces engagements interviennent dans un contexte où les autorités cherchent à accroître la contribution du secteur privé à l’investissement et à réduire progressivement le poids de l’État dans certaines activités. La mise sur le marché d’une partie du capital de Banque du Caire constitue une illustration directe de cette orientation. Le financement d’ADD Properties montre, de son côté, la capacité des institutions multilatérales à structurer des ressources importantes autour d’opérateurs privés et d’actifs liés au tourisme.
Ces deux opérations donnent ainsi à voir deux canaux complémentaires de financement de l’économie égyptienne : l’ouverture du capital d’un établissement bancaire public et le recours à la dette syndiquée pour accompagner les investissements d’un groupe privé. Elles confirment aussi la place de l’IFC et de la BERD comme partenaires financiers et institutionnels dans la transformation du paysage économique du pays.
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