Justice, La Marina BJ — Le Tribunal de première instance de Cotonou a tranché ce mercredi 22 juillet dans l’affaire relative à la disparition de l’ex cadre du ministère de l’économie et des finances, Pierre Urbain Dangnivo. Codjo Cossi Alofa, présenté tout au long du procès comme le principal accusé a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle, tandis que son coaccusé ressort libre. Retour sur l’épilogue judiciaire d’un dossier qui a marqué toute une nation.
En prononçant le verdict de l’affaire Pierre Urbain Dangnivo, le tribunal de Cotonou statuant en matière criminelle met fin au moins, en première instance, à seize années d’incertitudes, de spéculations et de rebondissements judiciaires qui ont captivé le Bénin depuis le mois d’août 2010.
30 ans de réclusion et un acquittement pur et simple
Le jugement rendu ce mercredi suit scrupuleusement le cap tracé par le ministère public lors des réquisitions du 15 juillet dernier. Le principal accusé, Codjo Cossi Alofa, est reconnu coupable et écope d’une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie d’une amende de 150 millions de francs CFA. De son côté, Donatien Amoussou bénéficie d’un acquittement pur et simple, ce qui lui permet de ressortir immédiatement libre du tribunal.
Le tribunal n’a pas retenu la charge d’assassinat direct contre Codjo Alofa. Conformément à la requalification demandée par le procureur de la République, Olushègun Tidjani Serpos, le condamné est sanctionné pour avoir joué un rôle de facilitateur, en remettant la victime à deux tiers identifiés durant l’instruction sous les noms d’Isidore Akon et de « Paul, dit Ibo ». S’agissant de Donatien Amoussou, la justice a balayé l’ensemble des préventions. Alors que le parquet sollicitait encore la semaine dernière le maintien de charges pour escroquerie et trafic d’armes, après l’abandon des poursuites pour complicité d’assassinat, le tribunal a finalement tranché pour un non-lieu total, mettant un terme définitif à ses démêlés judiciaires dans cette affaire.
Un marathon judiciaire
Pour comprendre la portée de cette journée, il faut remonter à août 2010, date de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, alors cadre émérite au ministère de l’Économie et des Finances. Ce dossier, devenu au fil des ans un symbole des zones d’ombre institutionnelles, aura été marqué par des contestations systématiques des expertises médicales et une méfiance tenace de la famille de la victime quant aux preuves avancées.
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Les derniers jours du procès n’ont pas fait exception à cette atmosphère électrique. Les débats ont d’abord connu une suspension de séance demandée à la hâte par la défense, entraînant le renvoi de l’audience initialement prévue le 16 juillet au 22 juillet. S’en est suivie une ultime passe d’armes lors des plaidoiries, où la partie civile a martelé le besoin d’une « vraie vérité » face au risque d’une « décision de confort ».
Si la décision du tribunal apporte une première réponse du droit, la procédure n’est pas complètement figée et le chronomètre judiciaire est désormais lancé sur deux fronts distincts. D’une part, la famille Dangnivo dispose d’un délai légal de 15 jours pour procéder au retrait du corps de Pierre Urbain Dangnivo conservé à la morgue, marquant ainsi la première étape vers un deuil familial repoussé depuis plus d’une décennie. D’autre part, un délai identique de 15 jours s’ouvre pour la défense de Codjo Alofa afin d’interjeter appel. Si un recours est formé dans les temps, l’affaire Dangnivo s’offrira un ultime chapitre devant la juridiction supérieure. Dans le cas contraire, la condamnation deviendra définitive, scellant l’un des plus longs romans judiciaires de l’histoire contemporaine du Bénin.
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