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Niger – Bénin : l’ombre du blocage frontalier sur les projections économiques du FMI

Économie, La Marina BJAlors que le Conseil d’administration du FMI vient d’approuver le décaissement d’environ 19 milliards de FCFA (33 millions de dollars) en faveur de Niamey et d’anticiper une croissance dynamique de 7 % en 2026, l’institution financière internationale pointe avec insistance un facteur de vulnérabilité majeur : la fermeture prolongée de la frontière avec le Bénin. Cet isolement commercial menace d’éroder les gains de la trajectoire de reprise nigérienne, et les derniers développements diplomatiques montrent qu’une levée du blocage n’est pas pour tout de suite.

L’aval accordé ce 29 juillet 2026 par le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) au titre de la neuvième revue de la Facilité élargie de crédit (FEC), permettant le versement immédiat d’environ 19 milliards de FCFA (24,0828 millions de DTS), apporte un ballon d’oxygène décisif aux finances publiques nigériennes. Au total, le pays aura accumulé près de 197 milliards de FCFA d’appuis financiers depuis le lancement de ce programme en décembre 2021. Pourtant, derrière les indicateurs macroéconomiques séduisants qui prévoient une croissance soutenue à 7 % pour 2026 après 6,9 % en 2025, le diagnostic de l’institution de Washington s’avère particulièrement lucide : la fermeture continue de la frontière terrestre avec le Bénin constitue l’un des risques majeurs orientés à la baisse susceptibles de compromettre cette dynamique.

Un goulot d’étranglement chiffré

Dans sa déclaration officielle rendue publique à l’issue de la revue, Kenji Okamura, directeur général adjoint et président par intérim du Conseil d’administration du FMI, a placé la fermeture de la frontière béninoise au cœur de la liste des périls pesant sur Niamey. Si l’économie nigérienne parvient à afficher des chiffres de croissance enviables grâce au soutien vigoureux des secteurs agricole et extractif, le maintien du verrouillage frontalier perturbe considérablement les circuits d’approvisionnement traditionnels et pèse lourdement sur l’activité des opérateurs économiques régionaux.

Le coût s’est déjà matérialisé dans les comptes publics : selon les estimations du FMI, les recettes de l’État se sont établies à 656,1 milliards de FCFA à fin septembre 2024, contre 773,1 milliards initialement attendus — un manque à gagner d’environ 117 milliards de FCFA, soit près de 1 % du PIB, largement attribué aux effets de la fermeture frontalière sur les droits de douane, la TVA sur les importations et les autres taxes sur le commerce extérieur. Avant la crise de 2023, le corridor Cotonou-Malanville-Niamey acheminait entre 70 % et 80 % des importations nigériennes. Les recettes douanières se sont partiellement redressées en 2025 (187 milliards de FCFA, contre 144,4 milliards un an plus tôt), mais restent en deçà de l’objectif fixé par les autorités à 223 milliards de FCFA.

Le secteur pétrolier, lui, a été épargné : les exportations de brut via l’oléoduc Agadem–Sèmè-Kpodji, au Bénin, n’ont jamais été interrompues malgré les tensions diplomatiques, rapportant plus de 1 140 milliards de FCFA en 2025. C’est sur cette manne — à l’écart du contentieux frontalier — que le FMI et les autorités nigériennes comptent pour compenser l’érosion des recettes hors pétrole. Faute de corridor béninois, une partie du trafic a été redirigée vers les ports de Lomé (Togo) et de Lagos (Nigeria) — des itinéraires qui ont évité une rupture des approvisionnements, mais à des coûts logistiques plus élevés et des délais allongés.

Ce blocage commercial vient s’ajouter à une série de vents contraires : l’aggravation des menaces sécuritaires dans la zone sahélienne, la forte volatilité des cours mondiaux des produits de base, l’assèchement progressif des financements extérieurs des donateurs et le durcissement marqué des conditions de crédit sur les marchés financiers régionaux et internationaux.

Une réouverture toujours suspendue à des préalables

Le dossier frontalier a connu un début de dégel au cours de l’été 2026. Le 2 juin, le président béninois Romuald Wadagni s’est rendu à Niamey pour rencontrer le général Abdourahamane Tiani, à peine un mois après son investiture. Les deux dirigeants ont signé un communiqué conjoint en neuf points et convenu de créer un comité d’experts, avec un délai de quinze jours pour proposer des modalités de réouverture. Ce comité mixte s’est réuni à Cotonou les 20 et 21 juin, dans un climat qualifié d’optimiste ; selon les prévisions des experts des deux pays, une réouverture pour la circulation des personnes et du vrac était envisagée autour du 15 juillet, celle des conteneurs devant suivre plus tard.

Mais le processus a marqué le pas. Niamey a transmis à Cotonou des observations sur les projets d’accord, assorties de préalables. Récemment, à l’occasion du troisième anniversaire de la prise de pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général Tiani a confirmé publiquement qu’aucune décision définitive d’ouverture n’avait été prise, les préalables devant d’abord trouver une réponse. Au 28 juillet (Lire LMBJ du 27/07/2026)la partie béninoise n’avait pas officiellement réagi à ces exigences. La frontière de Malanville-Gaya demeure donc fermée, trois ans après le coup d’État de juillet 2023 qui l’avait entraînée, ce qui explique que le FMI la maintienne en tête de sa liste de risques dans sa revue du 29 juillet.

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Les autres fronts critiques

Pour contenir l’impact de ces chocs extérieurs et du blocage sous-régional, les autorités nigériennes misent massivement sur la hausse attendue des recettes pétrolières dès 2026. Selon le FMI, cette manne doit obligatoirement être canalisée vers la résorption du déficit budgétaire (projeté à 3,4 % du PIB en 2026) et la constitution de matelas de sécurité financiers. L’objectif principal reste la prise en charge des urgences sociales critiques, notamment la sécurité alimentaire des populations vulnérables et le maintien des investissements de développement.

En parallèle, l’institution monétaire insiste sur la rigueur absolue nécessaire dans la gestion de la dette publique, dont le taux rapporté au PIB s’établit à 45,9 % pour 2026. L’engagement des autorités à apurer la totalité des arriérés de paiements extérieurs d’ici la fin de l’année 2026 constitue une étape indispensable pour préserver la crédibilité financière du pays. Le FMI prévient qu’un strict contrôle de la trésorerie est indispensable pour éviter que le blocage des circuits commerciaux traditionnels avec les voisins côtiers n’entraîne de nouveaux retards de paiement de l’État. D’après Kenji Okamura, directeur général adjoint et président par intérim du Conseil d’administration du FMI : « Les risques restent toujours orientés à la baisse. Ils concernent notamment l’aggravation des menaces sécuritaires, la volatilité des prix des produits de base, les conditions de financement restrictives au niveau régional et mondial, une nouvelle baisse des financements des donateurs et la fermeture de la frontière avec le Bénin. »

Au-delà de la crise transfrontalière et des contraintes macroéconomiques, le FMI avertit que la durabilité de la croissance nigérienne dépendra de réformes structurelles incisives. L’appareil financier du pays accuse de sérieuses vulnérabilités : un diagnostic global du secteur bancaire est exigé, assorti d’une feuille de route visant à restaurer la liquidité des établissements de crédit, à renforcer leurs bilans et à restructurer en urgence le secteur de la microfinance, indispensable au financement du tissu économique local. Enfin, pour compenser la baisse des flux de capitaux extérieurs et consolider la confiance des investisseurs nationaux et internationaux, l’accent est mis sur la lutte contre la corruption et l’amélioration de la gouvernance. L’adoption effective du cadre de déclaration de patrimoine pour les hauts dirigeants et la mise en œuvre des recommandations du rapport d’évaluation diagnostique sur la gouvernance représentent, selon les conclusions du Conseil d’administration, les seuls leviers capables de garantir un climat des affaires sain dans un contexte d’isolement sous-régional persistant.

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