Gouvernance, La Marina BJ – Créé en juillet 2024 pour renforcer les mécanismes de garantie des crédits aux petites et moyennes entreprises, le Fonds d’investissement et de garantie des petites et moyennes entreprises (FIGPME) a obtenu, le 13 octobre 2026, l’autorisation d’exercer comme établissement financier de crédit au Bénin. Entre la décision de création, la structuration de son modèle et l’examen de son dossier par les instances de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), le fonds a suivi un parcours réglementaire de plus de deux ans. Retour sur les principales étapes d’une mise en place dont le calendrier effectif s’est écarté des prévisions initiales.
L’agrément du FIGPME marque l’aboutissement d’un processus engagé en 2024 pour faire évoluer le système public de garantie des crédits aux PME au Bénin. Derrière l’arrêté ministériel du 13 octobre 2026 se trouvent une décision de réforme, la création d’une nouvelle entité juridique et une procédure d’autorisation conduite dans le cadre de la réglementation bancaire de l’UMOA. Le parcours permet également de relever un décalage entre les échéances initialement envisagées dans le programme de réforme soutenu par la Banque mondiale et les dates auxquelles les principales formalités ont finalement été accomplies.
De la réforme du FONAGA à la création du FIGPME
La mise en place du FIGPME répond à la volonté de revoir le modèle de garantie publique destiné à faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au financement. L’ancien Fonds national de garantie et d’assistance aux petites et moyennes entreprises (FONAGA) avait pour mission de soutenir les entreprises en facilitant leur accès aux crédits auprès des établissements financiers. Toutefois, l’expérience de ce mécanisme a révélé des limites institutionnelles et prudentielles.
Dans son document de programme consacré au Bénin, publié en octobre 2024, la Banque mondiale relève notamment les difficultés héritées de l’ancien fonds, les insuffisances de son encadrement et la reconnaissance limitée de ses garanties dans le traitement prudentiel des crédits par les établissements bancaires. Ces contraintes réduisaient la capacité du mécanisme à produire pleinement l’effet recherché : rassurer les prêteurs et faciliter l’octroi de financements aux entreprises qui ne disposent pas de garanties suffisantes. Le gouvernement de l’époque a ainsi opté pour une nouvelle architecture institutionnelle. Le décret n° 2024-1016 du 17 juillet 2024 a créé le FIGPME sous la forme d’une société anonyme et approuvé ses statuts. Le nouveau fonds a vocation à apporter des garanties aux crédits accordés aux PME par les banques et les institutions de microfinance, en prenant en charge une partie du risque supporté par les prêteurs.
Le modèle présenté dans le programme de la Banque mondiale reposait sur un capital initial annoncé de 5 milliards FCFA, une couverture de garantie envisagée à hauteur de 50 % des crédits éligibles et un effet de levier destiné à mobiliser des ressources financières supplémentaires auprès du secteur privé. Le document, consulté par La Marina BJ, décrivait également une gouvernance ouverte à la participation d’acteurs du secteur privé et du système financier. Ces paramètres constituaient les fondements du modèle envisagé, sans établir pour autant le niveau du capital effectivement libéré ni celui des garanties déjà accordées.
Le choix du statut d’établissement financier de crédit constitue l’une des principales différences avec l’ancien mécanisme. Il place le FIGPME dans un cadre réglementaire communautaire et sous la supervision de la Commission bancaire de l’UMOA. L’objectif est de renforcer la crédibilité de ses engagements auprès des établissements prêteurs et de permettre une meilleure prise en compte de ses garanties dans leurs opérations.
Un calendrier initial non respecté
Si la création juridique du FIGPME est intervenue en juillet 2024, son parcours vers l’agrément s’est poursuivi bien au-delà des premières échéances envisagées. Les négociations pour un accompagnement de la Banque mondiale 2024 prévoyaient le dépôt de la demande d’autorisation au plus tard le 31 décembre 2024 et les premières garanties autour de mai-juin 2025. Selon nos informations, la demande d’agrément du FIGPME a été déposée finalement le 3 mars 2026, soit plus d’un an après l’échéance initialement envisagée. L’avis conforme favorable de la Commission bancaire de l’UMOA a été rendu le 30 septembre 2026 sous la référence 046-09-2026/CB/CS. Elle aurait été suivi d’une lettre de la Commission le 7 octobre 2026.
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Le décalage mérite d’autant plus d’attention que le calendrier initial associait la mise en place du FIGPME à des résultats attendus dès 2025 et 2026. Le programme avec la Banque mondiale prévoyait notamment qu’au moins 4 milliards FCFA de crédits soient accordés par les institutions financières sur la base des garanties du fonds en 2026, avec une cible de 10 % en faveur des PME détenues ou dirigées par des femmes.
Une nouvelle phase pour le FIGPME
L’aboutissement du processus est matérialisé par un arrêté du 13 octobre 2026, signé par le ministre délégué chargé des Finances et de la Microfinance, Nicolas YENOUSSI. Son article premier autorise le FIGPME à exercer les activités d’établissement financier de crédit au Bénin. L’article 2 précise son inscription sous le numéro B 0269 G sur la liste des établissements financiers de crédit de l’UMOA. L’arrêté prévoit également, en son article 3, l’adhésion du fonds à l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Bénin (APBEF-Bénin), ainsi qu’au mécanisme de médiation, notamment l’Observatoire de la qualité des services financiers, conformément à la loi n° 2024-14 du 2 septembre 2024.
Il convient de souligner que l’agrément n’est pas une autorisation générale de distribuer directement des crédits aux PME. Le rôle du FIGPME est de garantir une partie des financements accordés par les établissements prêteurs, selon les conditions et les limites prévues par ses produits et conventions. Les banques et les institutions de microfinance demeurent les acteurs chargés d’étudier les demandes et d’octroyer les prêts. La prochaine phase sera donc celle de l’opérationnalisation. Elle suppose notamment de connaître le niveau du capital effectivement souscrit et libéré, les ressources disponibles pour couvrir les engagements, les partenariats conclus avec les établissements financiers et les procédures de traitement des demandes de garantie. La composition effective de la gouvernance, les moyens humains et techniques ainsi que les premiers dossiers traités permettront également d’apprécier le degré de préparation du fonds.
Pour le financement des PME béninoises, l’agrément du FIGPME constitue ainsi une étape institutionnelle importante dans la transformation du système public de garantie. Mais le parcours qui s’achève sur le plan réglementaire ouvre une autre séquence, celle de la mobilisation effective des banques et de la production de garanties susceptibles de faciliter l’accès des entreprises au crédit. C’est à l’aune des financements réellement soutenus et des entreprises effectivement bénéficiaires que le nouveau modèle pourra être évalué.
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