Infrastructures, La Marina BJ— Entre octobre 2024 et janvier 2026, le Programme d’Assainissement Pluvial des Villes Secondaires du Bénin (PAPVS) a franchi un cap décisif. Longtemps cantonné aux bureaux d’études et aux procédures de passation de marchés, le projet financé par la Banque africaine de développement (BAD) est désormais entré dans sa phase active de transformation urbaine. Les premiers chantiers sont ouverts, le volet social produit ses premiers résultats chiffrés, et le rapport d’exécution du 20 janvier 2026 dresse un bilan aussi encourageant que lucide sur les défis qui restent à lever.
Il y a quinze mois, aucun chantier n’était physiquement ouvert. Les appels d’offres venaient d’être lancés pour Abomey et Bohicon, et le dossier pour Porto-Novo et Ouidah était encore soumis à la BAD pour approbation. Aujourd’hui, la donne a changé. Selon le rapport rapport sur l’etat d’execution et sur les resultats (EER) rendu public le 9 avril 2026, les travaux ont officiellement démarré dans les agglomérations d’Abomey et de Bohicon à la suite d’une remise de sites effectuée les 2 et 3 décembre 2025.
Pour Porto-Novo et Ouidah, le démarrage était projeté pour mars 2026, le processus de recrutement des entreprises étant décrit comme très avancé. Le programme concentre désormais son déploiement sur ces quatre pôles urbains prioritaires, où les indicateurs de produits — itinéraires de drainage et de voirie — sont en bonne voie d’atteindre leurs cibles finales.
Un volet social avec déjà des résultats concrets
L’un des changements les plus tangibles de cette période concerne la gestion des Personnes Affectées par le Projet (PAP). Là où le rapport d’octobre 2024 n’évoquait qu’une phase de sensibilisation encore balbutiante, le bilan de janvier 2026 affiche des chiffres précis : 729 personnes ont d’ores et déjà été indemnisées sur une cible finale de 2 672, dont 354 femmes. Ouidah mène la marche avec 296 dossiers réglés, devant Bohicon (242), Abomey (147) et Porto-Novo (44).
Le programme documente avec rigueur les obstacles persistants qui freinent encore la cadence — absence de pièces d’identité, bénéficiaires injoignables, successions non liquidées — signe d’une gestion plus transparente des difficultés de terrain.
Le paradoxe financier
Si l’avancement physique est désormais visible, la machine financière accuse un décalage frappant. Le taux de décaissement plafonnait 0,32 % lors de la dernière mission de supervision effectuée du 24 au 28 novembre 2025. Ce fossé entre engagement et décaissement — plus de 99 % des fonds restent non mobilisés — traduit la chronologie propre aux grands programmes d’infrastructure : les dépenses lourdes arrivent avec les travaux, et les travaux n’ont véritablement démarré que fin 2025.
Ce retard a néanmoins eu un effet sur les notations formelles du projet : la cote de l’Objectif de Développement est passée de « Très satisfaisant » à « Satisfaisant ». Le programme reste classé « Non Potentiellement Problématique », ce qui signifie que la BAD et les autorités béninoises considèrent la trajectoire comme maîtrisée.
Quid de la résilience climatique ?
Le volet préventif, qui semblait encore prospectif en 2024, a lui aussi progressé sur le terrain. Trente et une balises et kits de diffusion d’alerte précoce ont été installés dans les communes à haut risque d’inondation, sur une cible finale de 160 unités. Le déploiement complet de ce dispositif reste conditionné aux résultats d’une étude de renforcement du système dont la sélection du cabinet est attendue en 2026.
En parallèle, les études hydrauliques et hydro-climatiques en cours visent à optimiser les futurs exutoires et bassins de rétention, pour garantir que les infrastructures construites résistent aux exigences d’un climat de plus en plus instable. Sur le plan économique, le programme demeure en bonne voie d’atteindre l’objectif de 4 600 emplois directs permanents, un indicateur qui progressera mécaniquement avec la montée en charge des chantiers.
En quinze mois, le PAPVS a réussi à lever les principaux verrous administratifs qui bloquaient son démarrage. Le défi pour cette année sera double : transformer l’essai à Porto-Novo et Ouidah tout en accélérant les décaissements, et s’attaquer aux problèmes structurels que le rapport identifie sans détour — notamment les longs délais de réponse des autorités contractantes pour l’authentification des références techniques des soumissionnaires. Le programme n’est plus une promesse sur papier. C’est un chantier à ciel ouvert qui commence, concrètement, à remodeler le cadre de vie des populations urbaines du Bénin.
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