Politique, La Marina BJ— En moins de quarante-huit heures, la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA) a levé le voile sur les résultats provisoires du scrutin présidentiel du 12 avril. Si le score de 94,05 % en faveur de Romuald Wadagni confirme un sacre annoncé, c’est le chiffre de la participation, établi à 58,75 %, qui constitue la véritable surprise et le premier succès politique du désormais président élu.
C’était l’inconnue majeure de cette élection présidentielle : les Béninois allaient-ils se déplacer pour un scrutin dont l’issue semblait scellée d’avance ? Après une série de rendez-vous électoraux marqués par une érosion constante de l’affluence, le rebond enregistré ce dimanche change radicalement la lecture politique de cette transition.
Le spectre de l’abstention s’éloigne
Avec un taux de participation de 58,75 %, le Bénin rompt avec la spirale descendante des dernières années. Ce chiffre est d’autant plus significatif qu’il dépasse largement les 50,17 % de la présidentielle de 2021 et les scores timides des législatives de 2019, 2023 et du 11 janvier dernier . Sur les 7 897 297 inscrits, plus de 4,6 millions de citoyens ont glissé leur bulletin dans l’urne, balayant ainsi les craintes d’un boycott massif ou d’un désintérêt généralisé face à l’absence de l’opposition radicale.
Ce sursaut de mobilisation offre au ministre d’État Romuald Wadagni une assise populaire indispensable au moment où il s’apprête à inaugurer le premier mandat de sept ans de l’histoire du pays. Pour le ministre des Finances du président sortant Patrice Talon, cette affluence est une réponse directe aux critiques sur la représentativité du scrutin et une validation tacite de la continuité qu’il incarne.
Un plébiscite sans nuance
Sur le plan comptable, la victoire du duo Wadagni-Talata est écrasante. Avec 4 252 347 voix, soit 94,05 % des suffrages exprimés, la mouvance présidentielle réalise un score historique. Cette domination ne laisse que des miettes au duo Paul Hounkpè-Hounwanou, qui recueille 5,95 % des voix.
La stratégie de Paul Hounkpè, qui a reconnu sa défaite dès le lendemain du scrutin avant même la proclamation de ces chiffres provisoires, apparaît désormais comme une lecture réaliste d’un rapport de force totalement déséquilibré. Pour la FCBE, ce score sous la barre des 6 % souligne la difficulté d’exister face à une machine électorale parfaitement huilée, capable de mobiliser ses bases bien au-delà des centres urbains.
La légitimité au service du septennat
Au-delà des résultats bruts, cette élection valide une méthode. La CENA a réussi le pari de l’organisation technique. Le dispositif de centralisation électronique a également permis de délivrer les tendances dans des délais records, renforçant la crédibilité institutionnelle du processus.
Le futur chef de l’État dispose désormais d’un blanc-seing populaire pour mener les réformes du prochain septennat. En dépassant le cap des 58 % de participation, le pouvoir sortant et son héritier désigné renvoient l’image d’un pays qui, malgré les frustrations persistantes et les alertes de la société civile, a choisi la voie des urnes pour valider son destin jusqu’en 2033. La voie est désormais libre pour la Cour constitutionnelle qui devra proclamer les résultats définitifs après l’examen des éventuels recours.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.