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À Pretoria, le sort de Kemi Seba suspendu à trois inconnues judiciaires

Justice, La Marina BJÀ la veille de l’audience du 29 avril 2026 devant le tribunal de Pretoria, l’étau judiciaire se resserre autour de Stellio Gilles Robert Capo Chichi. Si ce dernier et son entourage espèrent que le militant panafricaniste recouvrera sa liberté, son destin reste tributaire d’un enchevêtrement juridique où s’entrechoquent souveraineté nationale, coopération internationale et stratégie de défense.

La justice sud-africaine, réputée pour son indépendance sourcilleuse, doit trancher un dossier complexe articulé autour de trois piliers d’incertitude : le séjour irrégulier, le levier des conventions multilatérales et la confrontation politique entre Cotonou et Pretoria.

L’imbroglio migratoire

C’est le premier verrou, celui qui a justifié l’interpellation initiale par les Hawks, l’unité d’élite de la police criminelle sud-africaine. Selon des sources judiciaires, Kemi Seba aurait dépassé de deux mois la validité de son visa de séjour. Avant l’audience de ce mercredi, les enquêteurs devaient vérifier deux points critiques : l’authenticité de son passeport diplomatique nigérien et la réalité de son adresse de résidence, à Pretoria, où il vivrait depuis cinq mois.

Contrairement aux rumeurs d’exil politique un temps relayées par certaines sources proches du dossier, son entourage a formellement démenti toute demande d’asile en Afrique du Sud. C’est Hery Djehuty, coordinateur international de l’ONG Urgences Panafricanistes, qui a posé ce cadre, affirmant qu’on « n’est pas encore à l’heure de faire une demande d’asile, aucun choix n’a été arrêté » , précisant par ailleurs que l’avocat à l’origine de cette déclaration avait été immédiatement écarté du dossier. Ce démenti vise vraisemblablement à éviter de reconnaître une fragilité du statut diplomatique nigérien, tout en maintenant la pression sur Pretoria pour une libération rapide. Reste que l’ambiguïté ainsi créée, entre les déclarations contradictoires des différents conseils, fragilise la cohérence de la défense à un moment où chaque mot est scruté par trois capitales.

Le « pont » multilatéral

La deuxième inconnue réside dans l’ingénierie juridique déployée par le Bénin. En l’absence de traité bilatéral d’extradition entre le Bénin et l’Afrique du Sud, ce vide conventionnel que la défense de Kemi Seba brandissait en silence comme un bouclier, le procureur spécial de la CRIET, Elonm Mario Metonou, a choisi de jouer une autre carte : les conventions multilatérales.

En s’appuyant sur des instruments internationaux de lutte contre la criminalité transnationale auxquels les deux États sont parties, le parquet spécial de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET)entend lier Pretoria en droit, malgré l’absence d’accord direct. « Il s’agit d’une procédure essentiellement judiciaire, préparée, transmise et examinée par les autorités judiciaires de l’État requérant et de l’État requis. Les autorités politiques n’interviennent à ce stade que pour assurer la transmission des demandes par voie diplomatique », a tenu à préciser le procureur spécial lors de sa conférence de presse du 20 Avril 2026 (Lire LMBJ du 20/04/2026).

Pour la CRIET, il ne s’agit plus de politique mais de droit commun. Deux mandats d’arrêt fondent la demande, l’un pour blanchiment de capitaux, émis en juin 2025, l’autre pour apologie de crime et incitation à la haine, délivré en décembre 2025 à la suite du putsch manqué. Le parquet spécial insistait, le « nommé Capo Chichi » est un citoyen béninois, né de parents béninois, dont les actes relèvent de la justice béninoise.

La confrontation

La troisième inconnue est la posture publique du gouvernement béninois, qui a choisi de ne pas s’effacer derrière la procédure. Le porte-parole de l’exécutif, Wilfried Léandre Houngbédji, s’est exprimé le 22 avril à l’issue du Conseil des ministres avec une sobriété qui n’excluait pas la satisfaction. « Le ciel lui-même fait nos palabres » , a-t-il lancé, avant de renvoyer à la justice le soin de conduire les opérations. Mais l’attente de l’exécutif béninois est explicite : « J’espère que les procédures enclenchées aboutiront à son extradition sur notre territoire pour qu’il ait l’occasion, devant la justice béninoise, de venir s’en expliquer. » disait Wilfried Léandre Houngbédji.

L’exécutif béninois rejette fermement l’étiquette de procès d’opinion. Pour le gouvernement, Kemi Seba doit répondre de ses déclarations jugées menaçantes pour « la sécurité et la stabilité du pays ». En souhaitant que l’intéressé ait l’occasion de « faire la preuve de ses allégations », le gouvernement béninois transforme ce dossier judiciaire en une épreuve de crédibilité pour l’activiste, mais aussi, implicitement, pour la justice sud-africaine elle-même.

Ce mercredi 29 avril 2026, même si le tribunal de Pretoria ne statuera pas en premier sur l’extradition, il se prononcera sur la mise en liberté sous caution. Si le juge estime que le risque de fuite est réel, hypothèse que la saisie de plus de 318 000 rands en espèces soit environ 10,8 millions de francs CFA au moment de l’arrestation vient alimenter, Kemi Seba pourrait rester en détention jusqu’à la formalisation complète de la demande béninoise. Dans ce triangle tendu entre immigration irrégulière, mandats de la CRIET et procédure d’extradition en construction, peut être finalisée, l’activiste joue, demain mercredi, la partition juridique la plus décisive de son parcours.

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