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Bénin : le transport reste le moteur de l’inflation pour le deuxième mois consécutif

Consommation, La Marina BJ L’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD) a rendu publics ses chiffres mensuels de l’Indice Harmonisé des Prix à la Consommation (IHPC) pour le mois d’avril 2026. Si le niveau général des prix progresse modestement, +0,1% sur un mois, portant l’indice à 102,4 contre 102,3 en mars, la lecture sectorielle révèle une réalité moins anodine : pour le deuxième mois consécutif, c’est la division « Transports » qui impulse la dynamique inflationniste, sous l’effet persistant de la hausse des prix de l’essence de contrebande, communément appelée « kpayo ».

En avril 2026, le prix du kpayo a progressé de 3,9% sur un mois. Ce bond, s’il est moins spectaculaire que les 11,1% enregistrés en mars (Lire LMBJ du 13/04/2026), s’inscrit dans une tendance qui commence à prendre les contours d’un phénomène installé plutôt que d’un simple accident conjoncturel. De janvier à avril 2026, la division Transport affiche une hausse cumulée de 7,4%, et sur douze mois, elle progresse de 7,3%. La trajectoire est désormais lisible : portée par l’énergie de substitution, la composante transport pèse structurellement sur le panier des ménages béninois.

L’indice de l’énergie, pris dans son ensemble, confirme cette lecture. Il ressort à 112,8 en avril 2026, en hausse de 1,5% sur un mois, de 6,2% sur un trimestre et de 12,0% en glissement annuel, la variation sectorielle la plus élevée de tout le bulletin. Dans un pays où le kpayo demeure le carburant de facto d’une large frange de la population et des petits transporteurs, cette dynamique n’est pas sans conséquences sur la chaîne des coûts.

Une déflation annuelle ?

En glissement annuel, le niveau général des prix recule de 0,6% par rapport à avril 2025, après -0,4% en mars et -0,1% en février. La tendance déflationniste annuelle se creuse donc légèrement, mais elle repose sur deux piliers dont la robustesse mérite d’être interrogée. Selon l’analyse du cabinet WE Connector pour La Marina BJ, le premier est la division « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées », en repli de 4,0% sur douze mois, qui représente à elle seule 3 429 points de pondération sur 10 000 dans le panier de référence. Le second est la division « Restaurants et services d’hébergement » (-6,1% en glissement annuel), dont le recul continu traduit vraisemblablement une contraction de la demande dans ce segment plutôt qu’une véritable détente des coûts.

Ces deux postes compensent mécaniquement les pressions à la hausse enregistrées ailleurs. Mais ils masquent une réalité de fond : hors alimentaire et hors restauration, plusieurs divisions affichent des hausses annuelles significatives notamment le logement, eau, électricité et combustibles (+7,2%), transport (+7,3%), loisirs, sport et culture (+4,5%), vêtements et chaussures (+2,0%). L’environnement des prix est donc loin d’être uniformément favorable pour les ménages.

Des disparités territoriales persistantes

La lecture régionale du bulletin de l’INStaD confirme que la pression des prix ne se répartit pas de manière homogène sur le territoire. Le Nord-Ouest, composé des départements de l’Atacora et de la Donga, enregistre la hausse annuelle la plus marquée, à +5,0%, avec une accélération trimestrielle de 2,9%. Cette région, plus enclavée et davantage dépendante des flux d’approvisionnement extérieurs, reste structurellement exposée aux chocs de prix sur l’énergie et les produits transportés. À l’opposé, le Sud-Centre, qui regroupe le Littoral et l’Atlantique, et représente à lui seul 32% du poids de l’indice national, affiche un recul annuel de 3,5%, le plus fort de toutes les régions. La densité commerciale de Cotonou et la pression concurrentielle du marché urbain jouent ici un rôle modérateur que les zones périphériques ne peuvent pas reproduire.

Le taux d’inflation en moyenne annuelle ressort à +0,9% à fin avril 2026, en retrait d’un dixième de point par rapport à mars. Cet indicateur de convergence, calculé sur vingt-quatre mois glissants, place le Bénin bien en deçà du seuil de 3% fixé par les critères de l’UEMOA. Dans un espace zonal marqué par des situations très contrastées — de la déflation profonde du Niger à près de -10% aux hausses modérées de la Côte d’Ivoire (+2,0%) et du Sénégal (+1,4%) en mars 2026 —, le Bénin maintient une trajectoire de prix globalement maîtrisée.

Reste que la persistance de la pression énergétique, si elle devait se prolonger au-delà du deuxième trimestre, pourrait progressivement éroder le coussin que constituent les baisses alimentaires. Le bulletin d’avril 2026 ne sonne pas l’alarme. Il pose néanmoins, pour le deuxième mois consécutif, la même question : jusqu’à quand le recul des prix alimentaires suffira-t-il à tenir l’inflation à distance ?

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