Gouvernance, La Marina BJ — Derrière le plébiscite du duo Wadagni-Talata se cache un travail de bénédictin effectué par les sept sages de la Cour constitutionnelle. Dans sa décision rendue ce 16 avril, la Haute Juridiction a révélé avoir procédé à l’annulation ou au redressement de 34 596 suffrages. Une opération chirurgicale qui témoigne de la rigueur du contrôle de régularité, sans pour autant fragiliser l’issue globale du scrutin.
Pour proclamer les résultats définitifs, la Cour constitutionnelle ne s’est pas contentée de compiler les chiffres de la commission électorale. Elle a procédé à une analyse exhaustive des procès-verbaux de déroulement, des feuilles de dépouillement et des rapports de ses délégués assermentés dans l’intégralité des 17 463 postes de vote du territoire national, ainsi que dans les 14 centres de la diaspora. Ce travail de vérification a permis de confronter les données provisoires aux plis transmis directement à la Cour, assurant ainsi une double traçabilité du vote. C’est lors de cet examen minutieux que les sages ont identifié une série de manquements ayant conduit à l’annulation ou au redressement de 34 596 voix.
Radiographie des manquements
La décision EP 26-001 consulté par La Marina BJ dresse un inventaire précis des irrégularités relevées sur le terrain par les agents électoraux. La Cour a notamment relevé des défauts de procédure importants tels que des plis non fermés, l’absence de signatures de membres de postes de vote ou de mandataires de candidats sur les documents officiels.
L’examen a également mis en lumière des incohérences chiffrées entre le nombre d’inscrits, de votants et de suffrages exprimés dans certains centres, ainsi que des discordances entre les pictogrammes et les chiffres arabes. Plus grave encore, la Haute Juridiction a mentionné des cas de bourrages d’urnes, la précocité ou le retard de l’ouverture de certains postes de
vote et des perturbations momentanées du scrutin dans quelques postes, parallèlement à des problèmes de conformité des cachets d’authentification.
Pas de changement de donne
Malgré la liste de ces griefs, la Cour constitutionnelle a jugé que le scrutin du 12 avril demeurait régulier car les irrégularités ne sont pas de nature à altérer la sincérité du scrutin dans son ensemble. Le raisonnement juridique précise que bien que ces manquements aient affecté localement les résultats des postes concernés, le volume des voix annulées reste marginal face aux 4,8 millions de suffrages valablement exprimés. L’écart entre les deux duos en lice est tel que même le redressement opéré par les sages n’a pu modifier l’ordre des arrivées ni empêcher l’obtention de la majorité absolue dès le premier tour par le duo Wadagni-Talata.
Cette décision agit également comme une leçon de pédagogie électorale pour les futures échéances nationales. En listant précisément les retards d’ouverture de postes, le mauvais remplissage des registres de dérogation ou le défaut de mise en annexe des bulletins nuls, la Cour pointe du doigt la nécessité de renforcer la formation technique des agents électoraux. Au-delà de la victoire politique, la rigueur de cet arrêt constitutionnel vient rappeler que chaque voix compte et que l’institution veille avec une précision mathématique à la protection du suffrage. Le contrôle exercé par les sages confirme que l’intégrité du système électoral béninois repose sur cette capacité à identifier et sanctionner les défaillances administratives sans bloquer la marche démocratique.
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